Tropiques Atrium Scène Nationale
30 septembre 2025 au 13 décembre 2025
Pas si mal, n’est-ce pas, notre petite créole ? est le titre du projet auquel appartient la série Fanm Fò, réalisée pendant le premier confinement de 2020. Ce titre provient d’une inscription manuscrite sur une carte postale ancienne, illustrant le rapport objectifiant et colonial qui réduit les femmes noires antillaises à des stéréotypes.
En interprétant ces photographies des XIXe et XXe siècles, Adeline Rapon interroge l’héritage colonial qui continue de leur imposer une catégorisation doudouiste. Cette série critique ces archives, conçues et accumulées par le système dominant, aujourd’hui principalement préservées par ses héritiers institutionnels. Par l’acquisition de ces cartes, l’artiste réalise un acte de réappropriation symbolique et économique. Les images originelles, créées pour et par le regard occidental, sont subverties par une mise en scène contemporaine dans un appartement parisien. Le dispositif artistique opère un double mouvement : d’une part, la réappropriation du regard, transformant la femme photographiée en photographe ; d’autre part, le détournement des codes visuels historiques par l’introduction d’éléments contemporains du confinement. Cette introduction amplifie le dialogue entre l’enfermement colonial et celui imposé par la pandémie.
Artiste métisse martiniquaise, Adeline Rapon forge une archive spectrale¹ où les corps silenciés par l’histoire redeviennent auteurs de leur propre image. Elle inscrit son geste dans l’urgence des mouvements décoloniaux contemporains, transformant la violence archivale en protocole de résistance visuelle. Chaque autoportrait devient transmission nécessaire qui déstabilise les héritages coloniaux. Cette alchimie visuelle génère un territoire où l’intersectionnalité - femme, métisse, caribéenne, queer - se métamorphose en politique du regard autonome, révélant les mutations en cours dans la représentation des identités caribéennes.
L’art devient ainsi force de reconfiguration des imaginaires, inscrivant dans chaque image un espace de résistance durable.
Éline Gourgues
Commissariat : Éline Gourgues / Impression & encadrements : Laboratoire Photon & Association Zofi / Graphisme : Xavier Rapon-David /Scénographie : Atelier TMDF / Signalétique : Colibri Graphique / Production : Tropiques Atrium